
Comment écouter la parole de l’enfant sans lui faire porter la décision ?
Écouter la parole de l’enfant après une séparation signifie accueillir ce qu’il vit et ce qu’il souhaite exprimer sans lui demander de choisir entre ses parents. La décision reste de la responsabilité des adultes et des autorités compétentes.
À retenir :
- Entendre un enfant ne signifie pas lui transférer le pouvoir de décision.
- Ses propos doivent être replacés dans son âge, sa maturité et son contexte.
- Il ne doit pas être utilisé pour vérifier la version d’un parent ou transmettre des reproches.
- Les adultes restent responsables de l’organisation et des décisions qui leur appartiennent.
Pourquoi la confusion est-elle fréquente ?
Les parents veulent souvent tenir compte de ce que vit l’enfant. Ils peuvent alors lui demander :
- « Chez qui veux-tu vivre ? » ;
- « Tu préfères quel rythme ? » ;
- « Tu veux y aller ce week-end ? » ;
- « Dis au juge ce que tu veux vraiment » ;
- « Qui dit la vérité ? »
Ces questions peuvent sembler respectueuses. Elles peuvent aussi donner à l’enfant le sentiment que son choix déterminera la vie, la tristesse ou la victoire de l’un de ses parents.
Parole de l’enfant : distinguer expression, souhait et décision
L’expression
L’enfant raconte ce qu’il vit : fatigue, trajets, manque d’affaires, peur d’une dispute, plaisir d’une activité, difficulté à dormir ou besoin de voir davantage un proche.
Le souhait
Il peut dire ce qu’il aimerait. Ce souhait mérite d’être pris en considération sans devenir automatiquement une instruction.
La décision
Elle appartient aux adultes ou, lorsqu’une procédure existe, au juge. Elle doit intégrer plusieurs éléments : sécurité, droits, contraintes, santé, école, stabilité et faisabilité.
Cette distinction évite de faire de l’enfant l’arbitre du conflit.
Comment poser des questions qui n’enferment pas ?
Préférer :
- « Qu’est-ce qui est facile ou difficile dans l’organisation actuelle ? » ;
- « De quoi as-tu besoin pour préparer les changements de maison ? » ;
- « Y a-t-il une information que tu aimerais que les adultes comprennent ? » ;
- « Qu’est-ce qui t’aide à te sentir en sécurité ? » ;
- « Souhaites-tu parler à un professionnel ? »
Éviter :
- les questions comparatives ;
- les demandes de preuves ;
- l’interrogatoire sur l’autre domicile ;
- les formulations qui suggèrent la réponse ;
- la répétition de la même question jusqu’à obtenir un choix ;
- la demande de garder un secret contre l’autre parent.
Dire clairement à l’enfant qu’il ne décide pas seul
Une phrase peut protéger sa place :
« Nous voulons comprendre ce que tu vis. Ton avis compte, mais tu n’as pas à choisir entre tes parents ni à résoudre le désaccord. Les adultes restent responsables de la décision. »
Cette formulation ne retire pas sa parole. Elle lui retire le poids de la conséquence.
Les réactions de l’enfant ne sont pas toujours un verdict
Un refus, une colère ou un silence peut avoir plusieurs significations : fatigue, transition difficile, conflit de loyauté, peur, règle différente, événement précis ou influence du contexte.
Il ne faut ni banaliser ni interpréter trop vite. Lorsque la réaction est forte, répétée ou associée à une inquiétude de sécurité, il convient de solliciter les professionnels compétents.
La médiation n’est pas un lieu d’enquête sur l’enfant et le médiateur conventionnel ne pose pas de diagnostic.
L’audition de l’enfant par le juge
Dans les procédures qui le concernent, un mineur capable de discernement peut être entendu par le juge. L’audition permet de donner son opinion ; elle ne lui confère pas la qualité de partie et ne lui transfère pas la décision.
Les parents doivent s’informer sur leurs obligations et sur les conditions de cette audition auprès de leurs avocats ou des sources officielles.
Quelle place pour la parole de l’enfant en médiation ?
L’intégration directe d’un enfant dans un processus de médiation exige une compétence et un cadre spécifiques. Elle ne doit pas être improvisée pour lui demander quelle solution les parents doivent adopter.
Selon les situations, sa parole peut être prise en compte :
- par les éléments que les parents apportent ;
- par un professionnel de l’enfance ;
- dans un dispositif judiciaire ;
- par une audition ;
- dans une médiation familiale conduite par un professionnel disposant des compétences spécifiques.
Dissensus ne revendique pas une expertise de l’audition directe des enfants. La prestation de séparation et coparentalité s’appuie sur le DU MARD et oriente vers les professionnels appropriés lorsque la parole de l’enfant doit être recueillie dans un cadre spécialisé.
Violences, peur ou danger
Une parole évoquant une violence, une peur, un danger ou un comportement préoccupant ne doit pas être ramenée à un simple désaccord parental. La priorité est de protéger, de recueillir les conseils adaptés et, lorsqu’il y a lieu, de signaler ou saisir les autorités compétentes.
Il ne faut pas confronter l’enfant, lui faire répéter son récit à de nombreuses personnes ou utiliser la médiation pour établir les faits.
En cas de danger immédiat, appeler le 17 ou le 112. Pour un enfant en danger ou en risque de l’être, le 119 peut être contacté.
Que peuvent décider les parents ?
Lorsque le cadre est sûr, ils peuvent travailler sur :
- des temps de transition ;
- les affaires nécessaires dans chaque domicile ;
- les routines ;
- les informations scolaires et médicales ;
- un suivi professionnel ;
- une période d’essai ;
- une date de réévaluation ;
- la manière d’écouter l’enfant sans lui demander de trancher.
Le médiateur ne décide pas à leur place et ne valide pas une interprétation de la parole de l’enfant.
Parole de l’enfant : quelles formulations évitent de lui faire porter la décision ?
Certaines questions donnent à l’enfant une place d’expression sans lui transférer le pouvoir de décider : « Qu’est-ce qui est difficile pour toi en ce moment ? », « Qu’est-ce qui t’aiderait à te sentir mieux organisé ? » ou « Y a-t-il quelque chose que tu voudrais que les adultes comprennent ? ». Elles sont différentes de « Chez qui veux-tu vivre ? » ou « Qui a raison ? ».
Les adultes peuvent aussi rappeler explicitement le cadre : « Nous voulons comprendre ce que tu vis. Tu n’as pas à régler notre désaccord et la décision reste de notre responsabilité. » Cette phrase protège la parole de l’enfant contre une interprétation trop lourde de ses propos.
Enfin, une réaction de l’enfant ne doit pas être transformée trop vite en verdict sur l’autre parent. Refus, colère, tristesse ou enthousiasme peuvent avoir plusieurs significations. Lorsqu’une difficulté importante persiste, l’avis d’un professionnel de l’enfance ou du droit peut être nécessaire pour ne pas tirer de conclusion hâtive.
Questions fréquentes sur parole de l’enfant
À partir de quel âge l’enfant peut-il être entendu par le juge ?
La loi ne fixe pas un âge unique. Le discernement est apprécié selon la maturité et la compréhension de l’enfant.
Son souhait doit-il être appliqué ?
Il doit être pris en considération, mais il ne constitue pas automatiquement la décision.
Peut-on demander à l’enfant de choisir un calendrier ?
Il peut exprimer ses contraintes et préférences. Les adultes doivent conserver la responsabilité de l’organisation finale.
Sources officielles
- Audition du mineur : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F10479
- Article 388-1 du Code civil : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006427150
Consulter Séparation et coparentalité.
Besoin d’examiner votre situation ?
Si votre situation concerne parole de l’enfant, vous pouvez présenter les éléments essentiels à Dissensus Médiation afin de vérifier si la médiation constitue un cadre adapté. Ce premier échange ne préjuge ni de l’engagement d’un processus ni du consentement des autres personnes concernées.